Mode et design à la Goutte d’Or

Conférence : Comment et pourquoi les marques de mode s’engagent-elles dans une démarche responsable ?

Publié le 13 mai 2017,

La FASHION REVOLUTION France a organisé le 27 avril dernier une conférence au MAGASIN GENERAL des Grands Voisins. Thème de ce débat : la mode responsable, en particulier la façon dont les marques de mode s’engagent pour améliorer leur chaîne de valeur. Le but était de comprendre comment ces marques répondent aux exigences de responsabilité exprimées par les consommateurs.

Dans un premier temps Nathalie RUELLE (Institut Français de la Mode) s’est penchée sur le fonctionnement de cette chaîne de valeur dans la mode :
Avec pas moins de sept interlocuteurs dans une chaîne complète (matières premières, transformation en fil puis en étoffe, teinture, fabrication, transport, distribution...) il est souvent difficile d’être 100% transparent.

Aujourd’hui une entreprise ne peut pas tout contrôler. Et plus elle est importante, plus ses fournisseurs seront nombreux ! Autre problématique : dans le cas où un produit rencontre le succès, les quantités augmentent alors que les délais raccourcissent. Le risque est qu’un fournisseur accepte une commande alors qu’il n’a pas la capacité ou le temps d’y répondre.

La solution est généralement de déléguer à un autre façonnier (sous-traitance en cascade). Il y a alors un risque que le dernier fournisseur n’ait pas été audité ou qu’il ait dû augmenter sa main-d’œuvre en utilisant peut-être même des enfants, sans que cela apparaisse. Néanmoins une entreprise donneuse d’ordre, connaissant la capacité de production de son fournisseur, est en mesure de savoir si elle est capable de fabriquer ou non.

Les créatrices Aurélie JANSEM et Yasmine AUQUIER (marque RIVE DROITE PARIS) ont expliqué comment elles injectent de la responsabilité à leurs façonniers :
Créée il y a un an, RIVE DROITE PARIS propose des sacs et accessoires éco-conçus au Maroc. Le principe : prendre des matières existantes, les transformer et les distribuer en France et en Europe. Elles travaillent avec des matières « upcyclées », c’est à dire réutilisées ou récupérées à partir de chutes industrielles.

« Quand on se lance dans ce genre de « business model », on le fait par conviction personnelle ». En effet dans un secteur où l’informel est très important, la marque essaye de donner à ses couturiers un statut d’autoentrepreneur. Elle les aide également dans une démarche d’épargne en conservant une partie de ce qu’elle leur doit.

Mariette Chapel est venue présenter DESIGN FOR PEACE, un projet créé par l’association AFRIKA TISS il y a 5 ans :
Un premier projet a émergé au Burkina Faso avec un centre de formation de tissage. Il a ensuite été question d’aider ces artisanes burkinabées à accéder à une autonomie sociale et financière. Pour cela, il a fallu s’intéresser à la manière de faire évoluer leurs compétences pour qu’elles puissent élargir leurs débouchés au-delà la fabrication de pagnes tissés, qui représentent l’essentiel de leur production.

En effet, ce produit ne suffit pas à leur garantir des revenus réguliers, il est concurrencé par le pagne industriel qui vient de Chine notamment. Il faut savoir qu’un panel de savoir-faire au niveau du tissage existe mais il est très peu connu.

Céline Zimmermann d’HYLLA PENDRIE PARTAGEE a exposé une nouvelle forme de « business model » pour consommer la mode autrement :
HYLLA (du suédois « penderie ») est un concept de location de vêtements, pour proposer aux femmes une alternative à la consommation de prêt–à-porter et réduire le gaspillage. « On est parti d’un constat simple : on porte 20% de sa garde robe 80% du temps ». Concept accessible à tous, à des prix très raisonnables, HYLLA propose de se tourner vers une autre manière de consommer, plus durable.

Ludovic de Valon est intervenu pour nous parler de la teinture et des questions qu’elle pose sur l’environnement :
Il faut savoir que les teintures naturelles et chimiques sont au même niveau en termes de responsabilités environnementales : « ce n’est pas parce que c’est naturel que c’est écologique  ». Le constat de la pollution des teintures en Chine (l’usine du monde dans ce secteur !) est catastrophique.

Le problème de la teinture chimique est qu’elle doit être traitée par des stations d’épuration. En effet, on peut tout à fait être « chimiquement responsable » quand des stations nettoient l’eau, la filtrent et ne la renvoient pas dans l’environnement.

Enfin pour finir Thuy-Anne STRICHER de CARE France a développé les actions que mène l’ONG pour modifier les conditions de travail localement et travailler sur l’écosystème des zones de production de la mode :
ONG internationale de développement, CARE France a pour objectif d’éradiquer la pauvreté dans les pays du sud à travers l’autonomisation et de lutter pour l’égalité entre hommes et femmes.

Le projet a commencé il y a 10 ans au Bengladesh, pour aider les communautés sur place et rechercher des activités génératrices de revenus. L’ONG s’est alors concentrée sur les plantations d’indigo dans la région et a permis aux femmes de se réapproprier cette culture et cette exploitation. CARE France les a accompagnées afin de monter un atelier et pour qu’elles retrouvent des savoir-faire locaux.

Enfin un partenariat avec Les Galerie Lafayette lui a permis d’améliorer les conditions de travail et de vie des employés. « Le fait d’être soutenu par la grande distribution prouve que certaines enseignes ont quand même une volonté d’essayer d’améliorer leur chaine de valeur. »